Quelques représentations de la brouette au XIIIe siècle

Une enluminure de la Vie de Saint Alban (entre 1236 et 1250), de Matthieu Paris

Matthieu Paris (c. 1200-1259), moine bénédictin anglais, historien et enlumineur, est l’auteur d’une Vie de Saint-Alban, dans laquelle se trouve la première représentation connue de la brouette en Occident.
Cette image représente la visite du roi Offa de Mercie sur le chantier du monastère de St Albans.

 

Une fresque des environs de Norwich (Grande-Bretagne)

© Ruth Batchelor

Cette peinture murale du prieuré bénédictin de Horsham St Faith (Norfolk, Grande Bretagne), réalisée vers 1250, fait partie d’un ensemble de scènes racontant la légende de la fondation du monument. Parmi de nombreux détails de la vie quotidienne de l’époque, une brouette.

 

Une illustration en marge d’un bréviaire

Cambrai, Bibliothèque municipale, MS 102, f. 273

La brouette a commencé, dès le XIIIe siècle, a prendre une place importante dans les marges des manuscrits, par les drôleries ou grotesques, illustrations profanes ou humoristiques, des plus fantaisistes et très souvent animalières (voir Jean Wirth, Les Marges à drôleries des manuscrits gothiques (1250-1350), Libraire Droz, 2008).

Ainsi, dans un bréviaire en usage au St-Sépulcre de Cambrai à la fin du XIIIe siècle, on peut remarquer cette enluminure représentant un renard conduisant un escargot en brouette. Notons que l’escargot est très présent dans les marginalia, souvent en combat avec le chevalier, et qu’il semble symboliser le sexe féminin (cf. Jean Wirth, ibid., pp. 23-24 et Michael Camille, Images dans les marges : aux limites de l’art médiéval, Gallimard, 1997, p. 46 ss.).

Une drôlerie en marge d’une copie anglaise des Libri naturales d’Aristote

British Library, Harley MS 3487, f.22v

Le manuscrit Harley MS 3487 de la Physique d’Aristote, réalisé vers la fin du XIIIe siècle pour les étudiants d’Oxford, comprend une infinité de gloses et d’ajouts marginaux, ainsi que des illustrations se moquant, pour la plupart, du philosophe (ce texte très controversé fut en effet interdit et plusieurs fois brûlé en public au cours du siècle).
Dans la marge supérieure du folio 22v, une scène représente un homme nu, idiot ou fou tirant la langue et s’enfonçant un doigt dans l’oreille, transporté dans une brouette. Cette image est liée, dans cette page sur les cieux, à une lettrine représentant un sage regardant, depuis sa table de travail, les étoiles. La connaissance et son contraire sont ainsi juxtaposées et l’on peut se demander, avec Michael Camille (op. cit.), si cette image représente la folie, qui selon certains, pourrait résulter d’un trop grand savoir.

Deux brouettes en marge des Romans arthuriens de Robert de Boron (entre 1270 et 1290)

Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 95, f. 24v

Les marginalia de ce manuscrit des Romans arthuriens de Robert de Boron en font un exemplaire d’une richesse exceptionnelle.
D’après E. Moore, la femme poussée dans une brouette, que l’on voit ici au folio 24v de L’Estoire del Saint Graal, subit la punition infligée selon le droit coutumier aux commères et aux femmes non soumises à leur mari (E. Moore Hunt, Illuminating the Borders of Northern French and Flemish Manuscrips, 1270-1310, Routledge, 2007, p. 106)
Irène Fabry-Tehranchi, dans un article sur les illustrations marginales de ce manuscrit, fait remarquer que, dans cette même page, ce motif « est associé à la représentation d’une dame perçant littéralement d’une flèche le cœur de son amant agenouillé devant elle, une scène qui peut se lire comme la critique d’un monde courtois où l’amant est présenté comme la victime soumise et consentante d’une dame adorée et toute puissante. […] Les deux scènes marginales permettent alors de réfléchir sur la nature des rapports entre les sexes, sur les jeux de pouvoir à l’œuvre dans les relations amoureuses, et sur la transgression, le châtiment et la réhabilitation de la hiérarchie sociale. » (Irène Fabry-Tehranchi, « L’illustration marginale d’un ouvrage profane : étude du manuscrit Paris, Bibliothèque nationale de France, français 95, XIIIe siècle (1290) », Bulletin du centre d’études médiévales d’Auxerre, 19.1, 2015 ; lire l’article en ligne)

Bibliothèque nationale de France, Département des manuscrits, Français 95, f. 209v

Plus loin dans le manuscrit, au folio 209v de L’Estoire de Merlin, nous retrouvons une figure très semblable.

Viollet-Leduc avait repéré cette image dans le deuxième tome de son Dictionnaire raisonné du mobilier français de l’époque  carlovingienne à la Renaissance, Vve A. Morel et Cie, 1874, p.41.

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